Qu’est-ce qu’un spare au bowling ?
Un spare au bowling est la fermeture d’un frame en deux boules. Si ta première boule abat seulement six quilles, et que ta deuxième boule fait tomber les quatre restantes, tu viens de réaliser un spare. Le frame est dit « fermé », et l’écran inscrit une barre oblique « / » à la place du score de la deuxième boule.
Définition officielle et symbole « / »
La règle officielle, telle qu’elle figure dans les règlements de l’USBC (United States Bowling Congress) et de la Fédération Française de Bowling et de Sport de Quilles, est précise : un spare est marqué quand il ne reste plus aucune quille de bowling debout après la deuxième boule, à condition que la première boule n’ait pas déjà fait strike. Le symbole universel sur les feuilles de score, manuelles ou automatiques, est la barre oblique « / ». À côté, l’écran ajoute généralement le nombre de quilles abattues à la première boule pour permettre au joueur de comprendre la composition du frame.
Spare et strike : la différence technique
Le strike abat les 10 quilles d’un coup, dès la première boule. Le spare en abat 10 mais en deux temps. Sur le papier, les deux fermetures rapportent toutes les deux 10 points de base. La différence se cache dans le bonus : un strike te donne un bonus égal aux deux boules suivantes (une boule entière de plus que le spare), tandis qu’un spare ne te donne qu’un bonus égal à la boule suivante seulement. Cette différence de structure du bonus fait du strike le coup le plus rentable mathématiquement, mais le rend aussi plus rare. Tu trouveras notre dossier complet sur le strike au bowling pour creuser le sujet.
Stratégiquement, pourquoi le spare compte autant
Sur 10 frames, un débutant moyen sort 1 à 2 strikes par partie, et entre 4 et 6 spares — quand il vise correctement. Un joueur amateur régulier vise plutôt 3 strikes et 6 à 7 spares. Un licencié de bon niveau dépasse 5 strikes et signe 8 à 9 spares sur 10 frames. La différence de score entre un débutant et un amateur correct ne tient pas tant au nombre de strikes qu’à la régularité de fermeture des frames.
Combien vaut un spare ? Le calcul du score.
Le score d’un spare est composé d’une base et d’un bonus. La base vaut toujours 10 points. Le bonus est égal au nombre de quilles abattues à la première boule du frame suivant. Tu obtiens donc un score de frame compris entre 10 (si tu ne touches rien à la boule suivante) et 20 (si tu fais strike juste après).
La règle exacte du bonus
Quand tu fais spare au frame N, le score du frame N reste « en suspens » jusqu’à ce que tu lances la première boule du frame N+1. Si cette boule abat 7 quilles par exemple, ton frame N est figé à 10 + 7 = 17 points. Si tu fais ensuite strike, ton frame N est verrouillé à 10 + 10 = 20 points. Cette mécanique de bonus différé explique pourquoi les feuilles de score gardent les frames ouverts jusqu’à la boule suivante. Si tu veux le calcul complet de la partie, frame par frame, retourne à notre guide des règles du bowling.
Exemple chiffré sur cinq frames
Tu trouveras ci-dessous un exemple concret. Tu vas voir comment un joueur enchaîne deux spares puis un strike, et comment chaque frame se résout grâce au bonus.
| Frame | Boule 1 | Boule 2 | Score brut | Bonus reçu | Cumul |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 7 quilles | 3 (spare /) | 10 | + 4 (B1 frame 2) | 14 pts |
| 2 | 4 quilles | 5 quilles | 9 | aucun | 23 pts |
| 3 | 8 quilles | 2 (spare /) | 10 | + 10 (strike frame 4) | 43 pts |
| 4 | 10 (strike X) | — | 10 | + 9 (boules frame 5) | 62 pts |
| 5 | 6 quilles | 3 quilles | 9 | aucun | 71 pts |
Au frame 1, le spare signé 7 + 3 attend la boule suivante. Au frame 2, la première boule abat 4 quilles : le frame 1 est verrouillé à 10 + 4 = 14 points. Au frame 3, deuxième spare : il attend la boule du frame 4. Comme le frame 4 est un strike, le frame 3 récupère un bonus maximal de 10 points et atteint 20. Vérifie le total : tu y verras la valeur du spare quand il est suivi d’un strike — c’est le combo gagnant.
Le cas particulier du 10ème frame
Le 10ème frame du bowling a une règle propre. Si tu signes un spare au 10ème frame, tu gagnes une boule supplémentaire pour permettre le calcul du bonus. Tu lances donc trois boules au total dans ce dernier frame : les deux du spare, plus une boule de bonus dont le score s’ajoute au 10. Si tu fais strike au 10ème frame, c’est deux boules bonus que tu reçois. C’est cette règle qui permet aux scores de monter jusqu’à 300 — le score parfait — quand tu enchaînes 12 strikes consécutifs (10 frames + 2 bonus du 10ème).
Les types de spares : du facile au quasi-impossible.
Il existe 1 023 configurations théoriques de spare au bowling — autant que de combinaisons possibles parmi les 10 quilles. La très grande majorité ne se rencontre quasiment jamais en jeu réel : certaines sont mécaniquement impossibles à obtenir avec une seule boule (comme un « spare » où seule la quille n°5 serait tombée). Les configurations courantes se rangent dans trois familles.
Le spare simple
Une seule quille de bowling reste debout après ta première boule. Comme tu as 10 quilles, il y a 10 configurations de spare simple — une par quille. Toutes ne sont pas équivalentes : la quille n°1 (au centre, au plus près du joueur) tombe rarement seule en pratique, et les quilles n°7 et n°10 (les deux quilles de coin, à l’arrière) sont les plus difficiles à fermer parce qu’elles bordent la gouttière. Si la quille restante est au centre du pin deck (la 5, la 8 ou la 9), on parle de spare « facile ».
Le spare composé
Plusieurs quilles restent debout, sans qu’il y ait de « trou » entre elles — autrement dit, sans qu’aucune quille manquante ne sépare les survivantes. Exemples typiques : 1-2-4 (le côté gauche du triangle), 2-4-5, ou 3-5-6. Ces configurations se ferment souvent avec un seul lancer bien placé, parce que les quilles s’entraînent mutuellement quand la boule en touche une.
Le split, le spare le moins sympa
Le split est la famille des spares qui font grincer des dents. Pour qu’on puisse parler de split au sens règlementaire, deux conditions doivent être réunies : la quille n°1 est tombée (tu n’es donc pas dans un cas où tu n’as rien touché), et les quilles restantes sont séparées par au moins une quille absente. Sur les écrans modernes, le split est mis en évidence : barre rouge, encadré, ou couleur différente. Selon les statistiques de l’USBC, un débutant ferme moins de 10 % de ses splits ; un licencié confirmé tourne autour de 30-40 % ; les pros, sur certains splits courants, montent à 60-70 %.
Le système 3-6-9 : viser et se placer.
Voilà le cœur technique de l’article. Quand il te reste des quilles à abattre, tu n’as plus le luxe de viser le centre du pin deck pour profiter du strike. Tu dois viser précisément la zone correspondant aux quilles à fermer. Le système 3-6-9 est la méthode standardisée enseignée par les coachs USBC et FFBSQ depuis les années 1970.
Le principe géométrique
L’idée est simple : tu traces une ligne droite virtuelle entre ta boule au moment du lâcher, la flèche n°4 sur la piste (la flèche centrale, située à 4,5 mètres du joueur sur la 20ème latte), et la quille clé que tu veux abattre. Pour que cette ligne aboutisse sur la bonne quille, tu déplaces tes pieds de 3, 6 ou 9 lattes vers la gauche ou vers la droite, selon la cible. La flèche reste la même (la 4), seule ta position de départ varie.
Les quilles clés et les quilles dormeuses
Toutes les quilles ne sont pas égales devant un spare. Les quilles clés sont celles que tu vas viser quand il y a un groupe de quilles : la 1, 2, 3, 4, 6, 7 et 10. Les quilles dormeuses sont la 5, 8 et 9 — placées au centre, elles tombent quand tu touches correctement les autres. Quand un spare est composé, tu choisis comme cible la quille la plus à l’avant et la plus du côté du groupe. Exemple : si les quilles 3, 5 et 6 restent debout, tu vises la quille n°3. La 5 et la 6 tomberont par effet domino.
Le décalage 3-6-9 selon la cible
Pour un droitier avec un placement de strike sur la 17ème latte (chiffre personnel 6), voici les ajustements types :
| Quille clé visée | Décalage en lattes | Sens |
|---|---|---|
| Quille n°10 (extrême droite) | + 9 lattes | vers la gauche |
| Quille n°6 | + 6 lattes | vers la gauche |
| Quille n°3 | + 3 lattes | vers la gauche |
| Quille n°1 (réf. strike) | 0 | — |
| Quille n°2 | + 3 lattes | vers la droite |
| Quille n°4 | + 6 lattes | vers la droite |
| Quille n°7 (extrême gauche) | + 9 lattes | vers la droite |
Le sens à retenir : tu te décales dans le sens contraire des quilles restantes, parce que ton bras balance dans la direction opposée à la position de tes pieds. Pour les gauchers, le tableau est inversé en miroir. Si tu veux revoir les fondamentaux du geste avant de t’attaquer aux décalages, jette un œil à notre guide complet pour lancer une boule de bowling.
Le système 4-7-11 pour les approches longues
Le système 3-6-9 fonctionne très bien pour des approches courtes (3 ou 4 pas). Si tu fais une approche à 5 pas, ou si ta vitesse de boule est élevée, tu peux trouver que les écarts de 3 lattes sont insuffisants. Le système alternatif s’appelle le 4-7-11 : tu décales de 4, 7 ou 11 lattes selon la quille cible. C’est la variante adoptée par certains coachs internationaux sur les bowleurs à fort hook ou à bras long. Les deux systèmes reposent sur la même géométrie de la piste — le choix dépend de ton style. La Brunswick Bowling University propose des cours détaillés sur les deux variantes.
Les spares pittoresques du jargon français.
Le bowling français a hérité d’un vocabulaire imagé que les anglo-saxons n’ont jamais traduit. Ces noms te seront servis sur n’importe quelle piste française par un licencié ou un instructeur. Bon à connaître pour se sentir chez soi.
La pucelle (4-5 ou 5-6)
Deux quilles côte à côte, sur une rangée. Le terme s’applique uniquement aux configurations 4-5 ou 5-6. L’origine du nom n’est pas formellement documentée — peut-être une référence à Jeanne d’Arc, peut-être au caractère « innocent » de la configuration. Stratégie : viser la quille intermédiaire entre les deux (la 2 pour la pucelle 4-5, la 3 pour la pucelle 5-6), avec un décalage de 3 lattes du bon côté. Lance droit, la pucelle se ferme dans 70-80 % des cas.
Le baby split (2-7 ou 3-10)
Deux quilles séparées par une quille absente, mais sur une diagonale serrée : 2-7 (côté gauche), ou 3-10 (côté droit). Le baby split n’est pas un « vrai » split au sens règlementaire. Stratégie : viser la quille intermédiaire virtuellement (la 4 pour 2-7, la 6 pour 3-10), avec un décalage de 6 lattes. La boule frappe d’abord la quille avant, qui projette latéralement la quille de coin.
Le big four (4-6-7-10)
Le mythe : les quatre coins du pin deck, séparés par tout le centre vide. Difficile, voire infaisable de manière fiable. La règle de fermeture : tape une quille avec un angle suffisant pour que rebond envoie une autre quille à l’autre bout de la piste — autant dire un coup de chance. Si tu trouves le big four trop souvent, c’est qu’au strike tu tapes la quille n°1 de plein fouet au lieu de viser la flèche n°3.
La belle mère (l’exception du 3-6-9)
Configuration particulière : deux quilles alignées en profondeur (la quille de derrière surveille de près la quille de devant). Trois cas de figure : 1-5, 3-9 ou 2-8. La règle 3-6-9 ne fonctionne pas ici, parce qu’en visant la quille avant avec un décalage standard, la boule la fait tomber mais en perdant son axe. Le truc : décaler de 4 lattes au lieu de 3, pour taper la quille avant en biais et garder l’axe de la boule.
Le vocabulaire pro international à connaître.
Au-delà des noms français pittoresques, le jargon du bowling de compétition s’est largement enrichi côté anglo-saxon. Quelques termes valent le détour, surtout si tu suis le tour PBA ou les vidéos USBC.
Le sparrow et le hard spare
Un sparrow, c’est trois spares consécutifs. L’analogue du turkey (trois strikes d’affilée), mais pour les spares. Le terme vient du diminutif de « sparrow » (moineau). Le hard spare, lui, désigne une situation cocasse : tu envoies ta première boule en gouttière (zéro quille), et tu fermes le frame en abattant les dix quilles avec ta deuxième boule. Les pros disent « strike one ball too late » — un strike avec une boule de retard.
La marge d’erreur réelle
Wikipédia anglophone documente une statistique éclairante. Pour une quille seule au centre du pin deck, ta marge d’erreur latérale au moment de l’impact est d’environ 33,7 cm (13,25 inches) : si tu rates de plus de 17 cm de chaque côté, la quille reste debout. Pour une quille de coin (la 7 ou la 10), proche de la gouttière, cette marge tombe à 23,8 cm (9,375 inches), soit 30 % plus serrée. Voilà pourquoi les pros considèrent la quille n°10 (pour un droitier) ou la quille n°7 (pour un gaucher) comme la quille de référence d’un bon joueur de spare.
Les splits notoires US
Certains splits ont leur petit nom outre-Atlantique. Les voici recensés.
| Split | Configuration | Surnom US | Fermeture moyenne |
|---|---|---|---|
| 7-10 | deux quilles de coin arrière | Bedposts | quasi impossible ~1 % |
| 4-6-7-10 | les quatre coins | Big four | ~3 % |
| 5-7 | centre + coin gauche arrière | Cincinnati | ~10-15 % |
| 8-10 | milieu + coin droit arrière | Sour Apple | ~5-10 % |
| 4-7-10 | côté gauche + coin droit arrière | Greek Church | ~2 % |
| 5-10 | centre + coin droit arrière | Cherry | ~15 % |
Si tu te retrouves devant un bedposts (7-10), accepte philosophiquement de prendre 2 quilles et concentre-toi sur le frame suivant. Aucune méthode ne ferme un bedposts à plus de 5 % de réussite — pas même chez les pros.
Pourquoi le spare bat le strike sur le score moyen.
C’est la conviction profonde des entraîneurs FFBSQ et USBC : le spare est plus important que le strike pour faire monter ton score moyen. Voici pourquoi.
95 % de spares, plus rentable que 30 % de strikes
Calcul rapide. Imagine deux profils sur 10 frames. Le profil A fait 3 strikes (30 % de réussite) et 4 spares ; le profil B fait 1 strike (10 % de réussite) et 9 spares (95 % sur les 9 frames non-strike). Sur une partie standard avec une boule de bonus moyenne de 8 quilles, le profil A finit autour de 160 points. Le profil B finit autour de 170-180 points. La régularité de fermeture bat la puissance des strikes incertains.
Walter Ray Williams et EJ Tackett, les références
Walter Ray Williams Jr., légende du tour PBA et 47 fois champion, est resté dans la mémoire pour avoir manqué une seule quille seule sur une saison entière du tour PBA dans les années 2000. Une seule. Sur les centaines de spares de la saison. EJ Tackett, un des bowleurs en activité les plus dominants des années 2020, a réussi en 2023 197 spares incluant la 10 sur 197 tentatives — un taux de 100 %. Le message est clair : le très haut niveau ne tolère pas les spares manqués sur les coups simples.
L’erreur d’orientation du corps
Les instructeurs fédéraux le rappellent régulièrement : la première erreur des bowleurs amateurs sur les spares, c’est de conserver l’orientation hanches/épaules du strike. Pour un droitier qui joue la quille n°7 (coin gauche arrière, la plus difficile), il faut avancer le pied droit légèrement pour réorienter le balancier vers la gauche. Sans ce micro-réglage, le bras balance vers la droite — l’opposé de la cible — et la boule manque la quille de 30 à 50 cm. Cette erreur est invisible pour le bowleur lui-même, qui pense lancer droit. Filme-toi de derrière une fois et tu comprendras.
Les 4 erreurs les plus fréquentes sur les spares.
Les quatre erreurs ci-dessous représentent à elles seules plus de 70 % des spares manqués chez les amateurs. Si tu en élimines deux dans ta partie, ton score moyen monte de 10 à 15 points.
Conserver la posture du strike. Réflexe acquis du premier lancer. Réoriente pieds, hanches et épaules vers la trajectoire cible.
Tenter le 7 ou le 10 avec ta boule réactive. Mythe de « la boule pour tout faire ». Garde une boule plastique ou urethane pour les coins.
Oublier de viser la quille clé. Viser au hasard ou viser le centre. Identifie la quille la plus avant et la plus du côté du groupe.
Paniquer sur le 10ème frame. Pression du dernier lancer. Respire, applique le 3-6-9 comme aux frames précédents.
Tu trouveras une analyse plus large des fautes courantes dans nos guides pour jouer au bowling.


